|
Le Jardin des Métamorphoses
"La rose à la parfin devient un grate-cul Et tout, avec le temps, par le temps est vaincu."
Ronsard, Le Voyage de Tours
C'est sous le signe de Protée que semble
s'être constituée l'œuvre de Jean de La Fontaine, puisque l'écriture du poète emprunte
diverses voies: celles du roman, du conte, de l'élégie ou du théâtre, voire de la poésie
religieuse ou de la poésie scientifique. Les figures du changement innervent son œuvre:
images du temps qui s'enfuit, de la mort - l'ultime transformation - ou encore de l'eau
qui s'écoule sans fin. Par ses lectures, La Fontaine prouve son intérêt pour une
tradition littéraire bien identifiée: le long poème qu'il offre à Fouquet en 1658,
Adonis, est inspiré d'une des Métamorphoses
d'Ovide et Psyché est un roman qui trouve
sa source dans les Métamorphoses d'Apulée.
Qu'il repère les métamorphoses ordinaires qui ponctuent notre vie quotidienne,
tels le déroulement des saisons et les différents âges de la vie, qu'il révèle
la face cachée des choses ou qu'il en vienne à créer lui-même des métamorphoses
auxquelles nous sommes invités à croire, le poète s'inscrit dans une manière de voir
la vie, de la représenter en la théâtralisant. La figure plurielle que revêt son génie
et cette riche bigarrure qui caractérise son œuvre sont le reflet d'une vision du monde,
où le mouvement l'emporte sur la stabilité, où les certitudes vacillent sans cesse, où
l'instant règne en maître.
Des ensorcellements oniriques du Songe d'une nuit d'été de Shakespeare aux extraits de
la Fairy Queen de Purcell en passant par un voyage dans le temps au cœur de la chanson
française ou par une déambulation fantastique dans les Métamorphoses d'Ovide
via une lanterne magique, l'édition 2008 du Festival Jean de La Fontaine
devrait susciter les émotions les plus diverses. Placée sous le double signe de l'inconstance et
de l'illusion, cette nouvelle métamorphose de la manifestation annuelle devrait
répondre aux attentes de tous ceux qui aiment le théâtre et la musique.
Anne-Madeleine Goulet
|